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La pensée de Fernand Braudel

L'historien Fernand Braudel (1902-1985)

    

Fernand Braudel, l'un des membres les plus connus de « l'École des Annales » partait de l’idée de la profonde unicité des sciences humaines,  et a marqué l'historiographie par ses concepts d’étagement des temporalités (qui s’oppose à l’histoire événementielle) et de civilisation matérielle ainsi que  l’importance de la longue durée. Sa vision prolonge l’histoire classique en s’ouvrant sur d’autres sciences humaines comme l'économie, l'ethnologie ou la sociologie.

Dans sa thèse sur la Méditerranée, Il divise les temporalités dans une histoire « longue à s'écouler, quasi-immobile » qui regroupe les espaces géographiques, les climats ou même les courants marins. Vient alors se superposer mouvements humains et les données économiques, fluctuations des marchés et des prix, des phases d’inflation et de récession… auquel succède l’histoire événementielle des tourbillons des guerres, de la diplomatie, des stratégies et des tactiques.

Le concept de longue durée
Dans un célèbre article datant de 1958 intitulé « Histoire et sciences sociales, la longue durée » pour répondre au livre de Claude Lévi-Strauss « L’anthropologie structurale, »  Fernand Braudel refuse de saucissonner les sciences sociales en raisonnant à trop court terme ce qui hypothèque les possibilités de convergence.

Son approche de la civilisation
Pour lui, l’idée de civilisation concerne un espace culturel défini par un ensemble de biens de différentes nature mais qui sont reliés entre eux, ce phénomène qui s’observe sur une période assez longue. Il s’agit d’une évolution "temporo spatiale" qu’on peut mettre en lumière à travers des outils chronologiques et typologiques.

Les liens avec le structuralisme
Ses relations avec le structuralisme seront toujours distanciée et les structuralistes, même les mieux disposés à l’égard de l’Ecole des Annales, [1] se démarqueront peu à peu son influence et son concept de « longue période » pour privilégier la notion de rupture entre périodes. De plus, chez les historiens, deux courants vont se faire jour, l’un privilégiant une analyse plus collective à travers l’étude des mentalités tels que Jacques Le Goff ou Georges Duby, l’autre privilégiant l’étude de l’individu dans l’histoire comme Emmanuel Le Roy Ladurie.
 
               

De la Méditerranée à la civilisation matérielle

La Méditerranée et la VIe section de l'École pratique des Hautes Études
Cet ouvrage sur la Méditerranée qui connut une très longue gestation, paraît en 1949 et subira même un « toilettage » en 1966, comporte trois grandes divisions :

A - L’importance de l’environnement géographique sous ses différentes configurations, les plaines et les reliefs, les mers et les confins... En géographie humaine, il s’intéresse surtout aux modes de vie, aux populations nomades et sédentaires. Surtout, il va donner une importance particulière à l’impact du climat, à l’étude de la climatologie et à son évolution [2] ainsi qu’à l’étude de l’essor des villes et des réseaux routiers.

B- L’importance des échanges économiques, des fluctuations monétaires et de la conjoncture. Cette partie traite aussi de tout ce qui concerne les relations commerciales, le rôle du prix des épices et des métaux précieux. Son analyse prend en compte les dimensions sociétales, annonçant ainsi son futur ouvrage intitulé « La grammaire des civilisations ».

C- La dimension humaine est centrée sur les événements politiques et leurs interactions. Il y traite des moments forts de l'histoire, de l'abdication de Charles Quint, son départ au monastère de Yuste, les conséquences de la bataille de Lépante sur les États et l'équilibre politique en méditerranée, la Sainte-Ligue ou l'évolution de l'Empire romain d'Orient.
« Dans mon esprit, écrit Fernand Braudel dans La démographie et les dimensions des sciences de l’homme, toutes les sciences de l’homme, sans exception, sont auxiliaires, tour à tour, les unes des autres et, pour chacune d’elles… il est licite de domestiquer à son usage les autres sciences sociales. Il n’est donc pas question de hiérarchie… »

L'innovation essentielle de cet ouvrage La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II, réside dans son approche autant épistémologique qu'historiographique. [3] Fernand Braudel y pratique l'inversion de l'objet étudié, ce n'est plus comme traditionnellement le roi d'Espagne Philippe II qui l'intéresse et sur qui est centré sa recherche, mais l'évolution historique et sociologique de la zone méditerranée, ainsi qu'une approche différente de la temporalité historique. Celle-ci se présente en trois temps : le temps géographique des rapports entre l'homme et son milieu [4], l'histoire sociale des groupes humains et l’agitation de l’histoire des événements.

Civilisation matérielle, économie et capitalisme – XVe – XVIIIe siècles

C'est à l'initiative de son ami et mentor Lucien Febvre que Fernand Braudel travailla à une histoire matérielle de l'occident en 1952. Il va s'atteler à cette tâche monumentale pendant treize ans, de 1967 à 1979, qui paraîtra sous le titre de Civilisation matérielle, économie et capitalisme – XVe – XVIIIe siècles. L'œuvre est constituée de trois volumes centrés sur la vie matérielle à travers les époques étudiées, les relations économiques et le fonctionnement du capitalisme.
 

A- Les structures du quotidien :
A partir d'une présentation de l'évolution démographique des sociétés, il va analyser les modes de vie des différentes strates sociétales, traitant tour à tour de la nourriture -de la subsistance aux modes gustatives et à la gastronomie- la façon de se loger, de s'habiller ou d'utiliser l'énergie disponible pendant une large période couvrant fin du Moyen Âge jusqu'à la veille de la Révolution française, toujours selon l'application de son principe de la longue durée. Il en arrive à la conclusion que, malgré les événements qui ont pu la marquer, cette civilisation a toujours obéi aux mêmes lois depuis les origines de l'homme.

B- Les jeux de l'échange :
Braudel s'intéresse ensuite aux mécanismes d'échanges de biens et de services, les règles communes et les interactions qui les régissent, une grammaire expliquant ces échanges. [5] Il voit un système économique basé sur le marché, sorte d'intermédiaire entre la production et la consommation, basé également sur les inégalités, même si parfois elles changent de nature comme pour l'esclavage, et une continuité avec l'implantation progressive du capitalisme. [6]

Il distingue trois strates dans le fonctionnement de l'économie : d'abord un niveau "pré économique" important pratiquant plutôt le troc et les échanges parallèles, « sorte de terreau où le marché pousse ses racines », l'économie de marché reliant les différents marchés par des mécanismes d'offre, de demande et de prix, enfin le capitalisme où règne « le droit du plus fort ».

C- Le temps du monde :
C'est dans cette dernière partie que Braudel introduit la notion d' « économie-monde » où l'économie devient une entité autonome avec ses propres lois. L'essor du capitalisme suppose l'existence d'un marché mondial et se réalise à partir d'un centre développé [7] qui passe progressivement des "villes-états" aux marchés nationaux des "états-nations".
pour Braudel, le capitalisme n'est pas à proprement parler une idéologie mais plutôt un système économique instauré peu à peu par le jeu de stratégies de pouvoirs.Le succès de cet ouvrage tient ainsi beaucoup à l'analyse que fait Braudel de l'intrication du marché et du capitalisme dans une réflexion alliant les dimensions temps-espace.

Son apport s'apprécie également dans la volonté des historiens contemporains de s'associer à des géographes, des sociologues ou des économistes pour travailler sur ses grands thèmes comme le capitalisme et la mondialisation, prolonger son action en analysant les groupes humains du point de vue de l'évolution de leurs modes de vie et de leur mentalité. Il a largement influencé l'archéologie en la définissant comme une tentative de reconstitution des rythmes historiques, des relations entre temporalités à partir des vestiges découverts et observés sur le terrain.

La grammaire des civilisations



Fernand Braudel développe dans cet ouvrage son idée de longue durée et de la globalité en se basant sur les sciences sociales.
Son propos est de traiter des civilisations à travers un territoire, des sociétés urbaines, des relations économiques et des mentalités marquées par la religion. Mais pour mieux cerner cette notion de civilisation, il recherche aussi des continuités. C’est à l’époque où la nouvelle histoire se fait connaître que Braudel participe à travers cet ouvrage, à la réforme des programmes d’histoire mais il ne parviendra pas à imposer son point de vue face aux traditionalistes qui privilégient l’étude des événements.

Autour de la notion de civilisation


Toute civilisation se définit par quatre paramètres principaux
Elle est d’abord géographie, dictée par une aire spatiale définie, une île est marquée par son insularité… Si les limites de cette aire sont à peu près stables, il peut exister des domaines culturels différents,  telle la civilisation occidentale séparée en aires culturelles européenne et américaine. Mais l’important réside dans la permanence de ces données.
Elle est aussi sociologie, reposant sur une société donnée qui est le reflet d’une civilisation qui possède une rémanence plus longue que la société, et économie au sens large du terme, à travers des modalités qui la modèlent.
Enfin, elle a également une dimension psychologique qui rejoint les déterminants de la mentalité collective comme la religion.

L’histoire a un rôle particulier, celui de donner un sens aux sciences humaines sont importantes pour comprendre les civilisations actuelles, la permanence émanant de l’histoire des civilisations qui mettent en lumière ses invariants. L’analyse de l’historien permet de révéler les données essentielles qui évoluent de manière très lente. En ce sens, une civilisation se définit d’abord par cette part qui, dans une société, persiste par d’imperceptibles inflexions.

Tour d’horizon des grandes civilisations

1. L’Islam et le mode Musulman
La géographie est l’élément capital qui explique les victoires de l’Islam, les pays concernés étant un carrefour de civilisation, dominant tout le bassin méditerranéen, surtout par son commerce, l’intermédiaire entre la Méditerranée et l’Océan Indien , ainsi que les continents africain, asiatique et européen. Si l’Islam couvre de vastes territoires allant de l’Afrique occidentale à l’Indonésie, elle manque d’hommes pour imposer son leadership, marquée par un écart colossal entre géographie physique et géographie humaine. De religieux au début, l’essor de l’Islam est devenu militaire, le prosélytisme devenant aussi affaire de conquête, la civilisation islamique s’implantant à partir du VIIIe ou IXe siècle. Jusqu’au XIIe siècle, elle connaîtra son âge d’or basé sur une économie monétaire, l’innovation et le commerce, marquée par des différences notables entre l’Inde, la Perse ou l’Espagne.

Il est par contre difficile de parler de civilisation musulmane dans la mesure où  le panislamisme est surtout socio-politique, avec l’Afrique le lien est uniquement religieux et en Asie, il s’agit plutôt d’une civilisation indo-musulmane. On ne peut bien sûr prédire l’avenir si ce n’est qu’on sait que la révolution industrielle n’est en rien créatrice de civilisation.

2. Les « Afrique Noires »
Cet ensemble se caractérise par son isolement, son manque de contacts avec une diversité qui se décline en peuples rivaux, des différences marquées entre l’est et l’ouest du continent. Les populations ont connu l’esclavage, une ponction des forces humaines qu’on évalue au total à quelque 15 millions de personnes. Cette situation se traduit par un retard économique conséquent, une stagnation due au manque de dynamisme démographique.

L’Afrique a aussi été marquée par la colonisation qui engendre un choc de cultures entre colonisateurs et colonisés, vécu comme un traumatisme par les africains, qui favorise les conflits avec des frontières arbitraires ne correspondant en rien aux implantations ethniques. L’espoir réside dans la capacité des africains à intégrer le meilleur de la colonisation à la culture africaine.

3. Extrême Orient et Asie
L’extrême orient est terre du végétal et du riz ce qui est totalement différent de la culture occidentale basée sur le blé. Il occupe toujours le même espace de culture –pas d’assolement ou de jachère- et nécessite un travail moins pénible que le blé.Le rendement du riz est très supérieur au blé : un hectare permet de nourrir entre 6 et 8 personnes. Exploiter les terres arables nécessite une forte entraide collective pour entretenir pompes, barrages et bassins de rétention.

Les grands pays asiatiques ont connu périodiquement des invasions des Turcs, des Mongols, des Khirgiz… qui retardèrent leur essor. Mais  ici chaque conquête militaire ne génère pas une nouvelle civilisation. Jusqu’à présent, le développement a été ralenti par un cadre très rigide qui fige les structures sociales comme le système des cases en Inde ou en Chine, la hiérarchie familiale et le culte des ancêtres. Dans ces pays, il n’y a pas de véritable séparation entre l’humain et divin, entre le religieux et la vie quotidienne.



4. L’Europe
On peut dire que la civilisation européenne se caractérise par un espace géographique modelé par les guerres, l’aspiration à la liberté et le rôle de l’humanisme ainsi que la primauté du christianisme. L’histoire de l’Europe a été particulièrement chaotique. Après le partage de l’empire romain par l’empereur Théodose en 395, deux zones vont apparaître, la partie orientale plus ouverte et plus riche que la partie occidentale. La frontière de l’est sera toujours particulièrement vulnérable. La Germanie sera le seul vrai rempart et en tirera une légitimité qui fera que l’histoire de l’Europe sera d’abord l’histoire de cette légitimité.

L’Europe mettra longtemps à se remettre des invasions barbares pour se coaliser contre l’hégémonie arabe qui s’ s’achèvera par la reprise de Saint Jean d’Acre par les arabes en 1291. Toutes ces guerres ont largement contribué à fragiliser l’Europe au cours des siècles. Elle fluctuera ainsi longtemps entre la féodalité et « l’imperium chrétien ».
Contrairement à une idée admise, le paysan européen est plutôt bien loti à une époque où la terre est abondante et l’homme rare. Mais cette situation est temporaire. La Renaissance s’imposera comme une première poussée du capitalisme au détriment du monde paysan. Les formes de servage qui suivent pénaliseront surtout l’Europe orientale.

Une première Renaissance –qui ne dit pas son nom- apparaît au début du XIe siècle avec l’essor des villes qui disposent souvent de privilèges, s’entourent de remparts et favorisent le commerce à partir de la tenue de grandes foires. Peu à peu, l'état s’imposent qui veut gagner sa liberté sur le Saint Empire germanique et la Papauté, combat qui marquera durablement l’histoire de l’Europe.
Il faut chercher la première traduction de la liberté individuelle dans l’humanisme de la Renaissance et dans la Réforme, qui sera gommée par les fortes monarchies des XVIIe et XVIIIe siècles. Sur le sujet, la Révolution française est ambiguë, passant du droit de l’individu  dans La déclaration des droits de l’homme et du citoyen au libéralisme économique dans la loi Le Chapelier par exemple, empêchant le droit de réunion des salariés. Il faudra attendre les débuts de la Troisième république pour que les droits de l’individu soient vraiment reconnus (par exemple par le vote de la loi sur les syndicats en 1884).

Le Christianisme affirme vraiment sa puissance autant matérielle que spirituelle à partir du Xe siècle même si elle connut des fluctuations. (au XIVe siècle par exemple à l’époque de la grande peste de 1350 et de la guerre de cent ans) Après le traumatisme de la Réforme, la montée du matérialisme, il faudra attendre le XVIIIe siècle pour constater son déclin.

L’humanisme européen
L’humanisme est d’abord une résonance avec le christianisme, entre les civilisations antique et chrétienne. Cette vague d’optimisme qui traverse la Renaissance est cependant tempérée par les calamités du XIV siècle marqué par la guerre de cent ans et grande peste. L’humanisme protestant s’enracine au siècle suivant au moment de la Réforme qui va « incendier » l’Europe entre 1546 à 1648. La tolérance du protestantisme n’interviendra en fait que quand il aura intégré les idées des Lumières au XVIIIe siècle.

L’humanisme révolutionnaire est encore d’une autre nature puisqu’il légitime la violence au service du droit, au nom d’un idéal collectif. Par exemple, sous la violence d’un temps de guerre en 1793, on trouve des idées humanistes comme la redistribution des terres, la séparation de l’église et de l’état, le concept d’égalité... qui trouveront plus tard une plus large application.

L’Europe, de la première révolution industrielle à l’unité
Partie d’Angleterre avec l’industrie textile, elle va peu à peu s’étendre à l’Europe et au monde entier et favorisera le capitalisme et un humanisme social avec le droit du travail et l’intervention de l’Etat.
Les nombreuses divisions qui ont marquées ce continent n’ont pas empêché certaines convergences en matière artistique unité, économique et aussi la volonté d’unité politique.

5. L’Amérique Latine
 L’Amérique latine s’est construite au rythme des excès de la colonisation, marquée par la culture du « self made man ».
Le « melting pot » corollaire de la colonisation a produit une multi culture, "les Peaux-rouges" ou" Jaunes", communautés plutôt repliées sur leurs sanctuaires, "les Noirs" issus du commerce triangulaire des XVIIe et XVIIIe siècles, "les Blancs" issus des conquistadores et de la colonisation hispano-portugaise puis au XIXe siècle une émigration européenne attirée par les possibilités des grands pays de ce sous-continent.

En matière économique, colonialistes et capitalistes conduisent peu à peu l’économie de l’Amérique latine vers une économie de dépendance, privilégiant la mono culture et la mono production. Peu de paysans travaillent sur des étendues parfois immenses dans les grandes propriétés où les cultures vivrières sont insuffisantes. L’industrie est plutôt concentrée sur les côtes, les routes étant conçues pour relier les lieux de production des ports.

6. Les Etats Unis
L’atout principal de ce pays tient à sa mentalité qui se veut optimiste et tournée vers l’innovation. A l’origine, il a bénéficié d’une occupation tardive des anglais et de l’importance de sa flotte commerciale. Ce n’est qu’à partir de 1880 qu’il investira ce territoire jusqu’au pacifique ; c’est ce qu’on a appelé la conquête de l’ouest, les individus de se sentir des pionniers.
Cette conquête s’appuie sur un système capitaliste du don de terres aux pionniers, qui les revendront avec une plus-value et sur un protestantisme qu’on peut qualifier d’ouvert.

Industrialisation et urbanisation
Les deux vont de pair et son accélérées par l’arrivée du chemin de fer et l’immigration massive, une population urbaine qui s’installe surtout dans l’est industriel et sert souvent, comme disent les économistes, de « variable d’ajustement ».

Dans cette Amérique largement puritaine, l’athéisme est peu répandu, le protestantisme joue un grand rôle même si les formes de croyance sont multiples. Les inégalités sont criantes dans ce pays où les minorités –les Noirs en particulier- doivent tenir leur place s’il veut parvenir à une grande cohérence. Il a su dépasser l’esclavagisme au prix d’une guerre civile mais les minorités sont encore moins bien traitées que la communauté des anglo-saxons.

Les États-Unis sont soumis à une contradiction essentielle difficile à dépasser entre un idéal prônant l’entraide, la fraternité, l’action caritative et le caractère fondamentalement matérialiste du capitalisme. L’État libéral a tendance à intervenir pour tenter de réguler les dérives du capitalisme, de la loi Clayton contre les trusts en 1914 aux politiques keynésiennes centrés sur la demande et aux efforts plus récents de superviser l’activité bancaire.

7. L’évolution de la Russie
La Russie est un des « vieux pays » de l’Europe et elle doit son rayonnement à ses grandes villes dont Saint-Pétersbourg par exemple n’a rien à envier aux grandes capitales occidentales. A partir du XIVe siècle, le pays se rapproche des grands états européens jouant sa partition dans le concert européen toujours à la recherche d’un équilibre introuvable. La Révolution de 1917 met un coup d’arrêt à cette politique parce que son action se veut idéologique et mondiale.
Le pouvoir communiste va s’atteler à marche forcée à mettre en œuvre l’industrialisation du pays, ce qui a pour conséquence une explosion du système éducatif mais aussi un bouleversement de la vie paysanne. Sa réussite matérielle  dans le spatial ou le militaire par exemple, cache aussi de graves carences dans d’autres domaines.



Quelques citations
* « Je crois l'humanité plus qu'à moitié ensevelie dans le quotidien. D'innombrables gestes hérités, accumulés pêle-mêle, répétés infiniment jusqu'à nous, nous aident à vivre, nous emprisonnent, décident pour nous à longueur d'existence.» La dynamique du capitalisme, édition 1985
* « La seule solution d'une certaine grandeur française, c'est de faire l'Europe. » La dynamique du capitalisme, édition 1985
* « Nous ne sommes pas seulement d'une province mais d'une Région. Elle est une part de notre identité. » L'identité de la France, édition
* « La mer. Il faut l'imaginer, la voir avec le regard d'un homme de jadis : comme une barrière étendue jusqu'à l'horizon, comme une immensité obsédante, omniprésente, merveilleuse, énigmatique... A elle seule, elle est un univers, une planète ».
* « La science sociale a presque horreur de l'événement. Non sans raison : le temps court est la plus capricieuse, la plus trompeuse des durées. » Écrits sur l'histoire, édition 1977

Notes et références

[1] Parmi les plus connus, on trouve Michel Foucault, Claude Lévi-Strauss, Roland Barthes, Jacques Derrida, Paul Ricœur ou Louis Althusser.
[2] Ce thème sera ensuite repris par Emmanuel Le Roy Ladurie en 1961 dans  « L'histoire du climat depuis l'an Mil ».

[3] L’historiographie est le science de l’histoire étudiant l’écriture de l’histoire tandis que l’épistémologie s’intéresse à tout ce qui concerne la théorie de la connaissance.
[4] On a pu parler à ce sujet de « temps immobile »[5] Voir son ouvrage « Grammaire des civilisations » où Braudel décrit les mentalités, identités et particularités propres à chaque civilisation (civilisations arabo-islamique, chinoise, mongole, indienne, africaine, européenne...).
[6] A ce propos, il écrit « la distinction sectorielle entre ce que j'appelle, moi "économie" (ou économie de marché) et "capitalisme" ne me paraît pas un trait nouveau, mais une constante de l'Europe, dès le Moyen Âge. » [7] Comme les villes-états Gènes et Venise, puis Anvers, Amsterdam à La Renaissance, puis Londres et l'Angleterre.
 
Références
* Paule Braudel, “Les origines intellectuelles de Fernand Braudel : un témoignage.” Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1992
* Pierre Daix, Braudel, Grandes biographies Flammarion, 1995
* Yves Lemoine, Fernand Braudel, ambition et inquiétude d'un historien, Paris, Michel de Maulde, 2010
 
Voir aussi mes fiches sur ce courant historique :
* Introduction à l'histoire locale
* Emmanuel Le Roy Ladurie
* Lucien Febvre
 
      <<<<<< Christian Broussas – Feyzin, 24 avril 2014 - <<<<© • cjb • © >>>>>>


30/04/2014
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